Le pays d'ailleurs

< 1ère partie <

(...) «Puisque toutes mes jupes savent tourner, si je les enfilais toutes, les unes pardessus les autres, je n'en tournerais que mieux ! »
Et la voilà dans sa chambre vidant les penderies. Bientôt, la pièce se révéla trop petite : il y avait tellement de jupes sur le carrelage qu'elle décida de tout transporter au jardin : sur la pelouse, pensait-elle, elle aurait plus d'espace pour virevolter !
Et l'habillage commença : elle opta tout d'abord pour les couleurs les plus foncées, les matières les plus lourdes : les bleus indigos, puis les pourpres et les violets ; les velours de satin puis les soies, les tulles, les organdis et les mousselines.
Quand elle eut revêtu la totalité de sa garde robe, la petite fille avait triplé de volume et ressemblait à une poupée russe bariolée !
Elle se prépara alors à effectuer la pirouette la plus rapide et la plus colorée qui eût jamais été faite !
Elle choisit l'endroit le plus dégagé, ferma les yeux, bascula sur le côté, et le talon solidement fiché dans le sol s'élança…..Mais rien ne se produisit. Elle fit une deuxième tentative : toujours rien ; une troisième : rien ! Quatre fois cinq six sept huit fois : rien, rien, rien, il ne se passait jamais rien !
Des larmes de dépit commençaient à envahir ses yeux, quand, tout à coup, il y eut comme un grand souffle de vent, une bourrasque non annoncée, qui s'engouffra sous les jupes de l'enfant et l'emporta dans les airs ! Et là, elle se mit à tournoyer, tournoyer, tournoyer : on aurait dit qu'un grand papillon aux ailes irisées venait de prendre son envol afin de faire miroiter au soleil ses mille couleurs chatoyantes ! Il jetait des reflets brillants de tous côtés en éblouissant de lumière les toits en terrasse des maisons !

Puis il prit de la vitesse, laissant derrière lui une longue traînée multicolore : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé et rouge qui s'arrondit et forma un magnifique arc-en-ciel !
Le vent s'apaisa aussi soudainement qu'il s'était levé, alors qu'un doux zéphyr venait délicatement déposer sur l'herbe la petite fille encore toute étourdie.
Elle n'avait plus sur elle que la jupe plissée bleue marine que l'école recommandait : toutes ses belles toilettes s'en étaient allées là-bas, dans le ciel, pour créer ce merveilleux spectacle que tout le monde depuis ne cesse d'admirer! L'ARC-EN-CIEL !
Elle fut bien un petit peu attristée d'avoir été ainsi dépouillée, mais à l'avenir elle se montra plus docile quand sa maman l'habillait le matin : elle craignait trop de revivre pareille mésaventure qui, à dire vrai, lui avait fait très peur !
Et puis, c'est tellement joli un arc-en-ciel !

Ps : Certains disent que l'arc-en-ciel serait l'écharpe que la déesse Iris aurait abandonnée dans le ciel, mais je sais bien moi que ce sont les jupes d'une petite fille trop coquette qui virevoltent ainsi et pour toujours au firmament.

Ecrit pour l'anniversaire de ma petite fille d'au-delà de la mer,
à Montpellier le premier Février 1999

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Ce conte est terminé
Michèle Puel Benoît 2000

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