> Le pays d'en haut :
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(...) la mère poule s'avança crânement, s'arrêtant de temps à autre pour gratter le sol de ses pattes et pousser un "glou" bref qui avait pour résultat de faire rouler vers elle ces drôles de balles duveteuses qui exploraient avec de petits cris le sillon brun nouvellement tracé. Quand elle estima le repas achevé, de ses ailes étendues elle creusa une sorte de nid, au beau milieu du chemin, dans la poussière, et, rassemblant sous ses ailes gonflées toute sa progéniture s'apprêta à faire la sieste devant des paires d'yeux éberlués !
Après cela, Elle n'eut guère le loisir de vaquer aux autres soins du ménage : car veiller sur la jeune basse cour lui prenait une grande partie de son temps ! Elle ne se lassait jamais de voir courir dans tous les sens ces petites boules piaillantes, et quand elles eurent changé leur duvet en plumes ce fut la question de savoir lesquels étaient poulets, lesquelles étaient poulettes qui La retint des heures entières assise sur les escaliers de la terrasse, d'autant que l'une d'entre elles, plus audacieuse que les autres, allait même jusqu'à grimper sur son épaule et pincer son oreille pour réclamer les grains dont Elle bourrait intentionnellement ses poches.
Puis, la couvée grandit en même temps que s'achevaient les vacances : il fallut songer à rentrer !
Comme il était hors de question qu'on abandonnât la basse cour loin de Ses soins vigilants, Elle suggéra qu'on l'emmenât à la ville, un coin du jardin pouvait bien lui être dévolu !
Donc on se décida à attraper les poules à la nuit tombante les sachant plus "malléables", quand le soleil a disparu. L'entreprise ne fut pas trop malaisée pour celles qui dormaient dans le poulailler, et Il s'en acquitta fort bien, mais pour les autres….
Il faut savoir que les poules naines ont de commun avec les oiseaux le fait qu'elles volent, et pour cette raison, les leurs avaient pris l'habitude de se percher, à la nuit, dans le grand frêne. Le problème fut vite résolu : on appliqua sur le grand frêne la grande échelle et Il grimpa les attraper, une lampe électrique entre les dents car la nuit était devenue tout à fait noire. Oui mais voilà : était-ce que les poules naines sont méfiantes ou peut être bien farceuses , on ne saurait dire, mais à chaque fois qu'Il croyait leur saisir les pattes elle s'envolaient sur les branches supérieures non sans avoir d'un "cot, cot" indigné manifesté leur mécontentement . Force lui était donc de les suivre sous les encouragements de tous les habitants du hameau assemblés et ravis du spectacle ! L'échelle s'avéra trop courte, Il en redescendit donc furieux, estimant que, puisque ces stupides volatiles se prenaient pour des oiseaux, ils n'avaient qu'à rester dans les arbres et que Lui dorénavant se désintéressait de la question ! Elle n'osa trop rien dire songeant que demain serait un autre jour, ce qu'il fut.
Les poules, dès le soir, avaient été enfermée dans des cagettes, elles mêmes placées dans la voiture mise en break. Cette façon cavalière de traiter sa basse cour n'avait pas dû plaire au coq, car il avait aussitôt le soleil apparu, libéré ses compagnes de leur prison afin qu'elles pussent à leur gré envahir tout l'habitacle du véhicule, constellant les sièges et le volant de déjections pestilentielles.

Cette fois c'en était trop ! Il La somma de réparer les dommages et de tout nettoyer à l'eau javellisée ; Elle obéit sur le champ sans mot dire….
On enferma à nouveau les poules , on réussit à attraper naines et poussins à l'aide du filet à papillon après une course acharnée , et l'on partit.
Le voyage de retour se fit sans histoire : personne ne parlait.
L'installation du poulailler dans le jardin de la ville se fit. Les poules y restèrent parquées, quelque malheureuses qu'elles parussent, quelque vert et tendre que fût le gazon tout autour.
L'année passa ; il ne fut plus question d'estive pour la basse cour, mais cependant cette dernière retrouva la campagne.
Comme une de leurs amies citadines partait s'installer dans les Cévennes, Il suggéra qu'Elle pourrait bien lui faire cadeau de ses volatiles, cela l'aiderait à démarrer et elles seraient plus heureuses à la montagne ! Ils en achèteraient d'autres !
Il y a quinze ans de cela.
Le poulailler s'est écroulé sous les intempéries ; la maison a grandi d'un étage ; le mot poule est devenu tabou ; d'ailleurs il n'y en a plus une seule en liberté dans tout le village . Alors pour paraître avoir le dernier mot, Elle a fait poser sur les murs de la cuisine des faïences sur lesquelles picore toute une basse cour.

Mais, quand vous tient le virus de la terre ! ! ! Il vient de remettre en état de marche un gros tracteur, car : « Si l'on remettait en valeur les terres cultivables, non seulement on pourrait faire un grand jardin mais on pourrait aussi mettre de la luzerne et semer des céréales et pourquoi pas clôturer la colline et y faire paître des chevaux ou des moutons…» « Et si on leur adjoignait un âne a-t-Elle aussitôt ajouté, il aiderait au ramassage de bois pour la cheminée, on dégagerait l'écurie pour l'y installer comme cela on pourrait... »

Mais cela sera une autre histoire.

Le 8 Mai 1999

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© Michèle Puel Benoît 2000
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