(...) Si je te disais que j'ai des petits prêts à être replantés, et que je sais même où les mettre, tu me la donnerais Monsieur le Maire la permission ? ...Tu dis oui tout de suite ! Mais attention, il y a une condition...Laquelle ? C'est qu'ils soient sur un terrain communal afin que tous les enfants du village puissent se régaler de leurs fruits ! D'accord ? D'accord !... Essaye un peu de rencontrer le petit Ramon, tu sais le fils de la veuve de Germain : je crois qu'il a une surprise pour toi.
Puis la voix se tut : maître Joachim s'étira :
- Drôle de rêve s'exclama-t-il ! J'ai cru que le jujubier me parlait ! ...Au Diable si je me souviens de ce qu'il a bien pu me dire !
Et il reprit le chemin du retour, fredonnant Ramona !


Quand il arriva au village, au lieu de rentrer directement chez lui par la rue Droite, ses pas le conduisirent sans qu'il s'en rendît compte, dans la rue Marceau, là où habitait Ramon. L'enfant était assis sur la pierre devant la porte. Quand il aperçut Monsieur le Maire, d'un pas décidé, venir vers lui, il se leva d'un bond, et devint tout pâle.

- Alors mon petit, ça va comme tu veux ? Puis sur le ton de la confidence : il paraît que tu aurais une surprise pour moi ?
- Je... je...
- N'aies pas peur va, je ne vais pas te manger !
Alors l'enfant ouvrant la porte du magasin fit signe à l'homme de le suivre tout au fond jusqu'à la stalle du cheval, puis d'un geste théâtral, il lui montra la mangeoire.
- C'est bien mon enfant ; tu fais des plantations ; Qu'est-ce que c'est ? Et il se rapprocha curieux :
- Non ! Ne me dis pas que ce sont des jujubiers !
- Si ! Et il y en a huit.
- Comment ? Tu as réussi à faire pousser des jujubiers, alors que personne dans le village n'y était arrivé ? Comment as-tu fait ?
- J'ai planté les jujubes en terre.
- Pas possible, Anselme t'en avait donné ?
- Non, elles avaient roulé dans un roncier et dans l'hiver, je les ai découvertes, ajouta l'enfant en baissant les yeux et en rougissant.

- Tu as bien fait ; l'hiver la campagne est à tout le monde ! Et que comptes-tu faire de ces arbres ?
- Tu ne peux pas les laisser dans cette mangeoire !
- Je sais bien, mais j'ai pas où les mettre ! Voyons, voyons ! Et si nous les plantions en terrain communal, sur le chemin de la Montagnette par exemple. Tous les enfants pourraient alors manger de leurs fruits .
- Ce serait pas une mauvaise idée, répondit Ramon .
- Je vais m'en occuper tout de suite.
- Mais Anselme, qu'est-ce qu'il va dire ?
- Ne t'inquiète pas pour lui, je m'en charge ! Il ferait beau voir qu'il revendique une propriété communale !


Ainsi fut fait.
Une douce après midi de décembre, aux alentours de Noël, tout le village, précédé par la fanfare, s'en fut planter les huit jujubiers sur le chemin de la Montagnette.

Le garde champêtre avait fait les trous une semaine avant pour qu'ils s'aèrent. Ce furent les enfants qui mirent les arbres en terre. Monsieur le Maire fit un discours dans lequel il rappela que le conseil municipal avait décidé que ces jujubiers étaient la propriété de tous les enfants de la commune, et qu'ils avaient à charge de les entretenir, car plus ils seraient soignés, plus ils donneraient de fruits.
Les arbres grandirent, faisant l'admiration de leur père qui, parce qu'il était heureux, dura quelques années de plus. Puis, un matin de printemps, quand il vit la première floraison de ses fils, il sut que son heure touchait à sa fin : alors, sans rien dire, il s'endormit pour toujours.
Au même instant, le vieil Anselme rendait son âme à Dieu, ou peut-être bien au Diable ! Qui sait ?
Ramon, quant à lui, quelques années plus tard, et vu le soin avec lequel il avait entouré les jeunes arbres, obtint le poste de cantonnier chef municipal, mais pour tout le monde et pour toujours il garda le surnom dont on l'avait gratifié : «
JUJUBE ».


Clic clac mon conte es accavat, le 06/03/01

Pour Monet, Pitou

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Michèle Puel Benoît 2001